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Le biais de confirmation est la tendance à rechercher, sélectionner ou interpréter les informations d’une manière qui favorise une croyance, une attente ou une hypothèse que l’on possède déjà.
Nous avons parfois tendance à être plus exigeants avec les informations qui nous contredisent qu’avec celles qui nous donnent raison.
Exemple
Paul est persuadé qu’un certain régime alimentaire améliore fortement la santé.
Il trouve plusieurs études allant dans son sens et les accepte facilement.
Lorsqu’il rencontre des études présentant des résultats contraires, il examine immédiatement leurs défauts : taille de l’échantillon, financement, méthodologie ou compétence des auteurs.
Le problème n’est pas de critiquer ces études. Le problème apparaît si Paul n’applique pas le même niveau d’exigence aux études qui confirment son opinion.
Exemple : les algorithmes des réseaux sociaux
Un fil personnalisé peut donner l’impression que ce que nous pensons est confirmé partout. Voici un exemple fictif.
Léa pense que le télétravail rend toujours les salariés moins efficaces. Sur un réseau social, elle regarde jusqu’au bout plusieurs vidéos qui dénoncent ses inconvénients, leur attribue un « J’aime » et s’abonne à leurs auteurs.
Le système de recommandation peut utiliser ces interactions pour lui proposer des contenus similaires. Son fil se remplit alors de témoignages compatibles avec son opinion.
Lorsqu’une publication présente des résultats favorables au télétravail, Léa la juge immédiatement peu crédible et passe à la suivante. Elle accepte en revanche sans vérification les témoignages qui lui donnent raison.
Elle finit par se dire : « Je vois cela partout, c’est bien la preuve que j’ai raison ! » Pourtant, son fil reflète en partie ses interactions ; il ne constitue pas un échantillon représentatif des connaissances sur le sujet.
Une boucle qui peut renforcer la conviction
- Une conviction initiale oriente les contenus auxquels Léa prête attention.
- Ses interactions contribuent à personnaliser les recommandations.
- La répétition de contenus compatibles peut lui donner une impression de confirmation.
- Elle devient moins attentive aux informations qui pourraient nuancer son avis.
Le biais de confirmation apparaît dans la manière dont Léa sélectionne et évalue les informations. La personnalisation algorithmique peut renforcer cette dynamique, mais elle est un mécanisme distinct du biais psychologique. Regarder une vidéo ne signifie pas nécessairement y adhérer.
Cette boucle est une possibilité, pas une conséquence automatique : les recommandations varient selon les plateformes, les réglages et les usages, et peuvent aussi faire découvrir des points de vue différents.
Pour le fonctionnement des recommandations, la documentation de TikTok décrit notamment le rôle des interactions et du temps de visionnage. Cette source explique le système de la plateforme ; elle ne démontre pas à elle seule un effet sur les convictions.
Le réflexe à adopter
Avant de conclure, Léa peut chercher une synthèse fiable en dehors de son fil, examiner les données qui contredisent son intuition et appliquer les mêmes critères de preuve aux deux positions. La bonne question devient : « Quelles observations permettraient de savoir dans quelles conditions le télétravail améliore ou réduit l’efficacité ? »
Comment le biais peut-il apparaître ?
Dans ce que nous cherchons
Nous pouvons préférer consulter des informations compatibles avec ce que nous pensons déjà.
La méta-analyse de Hart et al. (2009), portant sur 67 rapports, 91 études et près de 8 000 participants, a observé en moyenne une préférence modérée pour les informations compatibles avec les opinions ou comportements préexistants, avec des variations importantes selon les contextes.
Dans ce que nous jugeons crédible
Deux personnes peuvent recevoir les mêmes informations et ne pas leur attribuer le même poids.
Dans l’expérience classique de Lord, Ross et Lepper (1979) sur les attitudes envers la peine de mort, les participants avaient tendance à juger plus convaincantes les études qui semblaient soutenir leur position initiale.
Dans notre manière de raisonner
Le résultat que nous souhaitons atteindre peut parfois influencer la manière dont nous recherchons, construisons ou évaluons des arguments.
Raisonnement motivé : Kunda (1990).
Ce que le biais de confirmation ne signifie PAS
Détecter un biais de confirmation ne prouve pas qu’une personne a tort.
Une personne peut raisonner de manière biaisée et néanmoins parvenir à une conclusion vraie.
À l’inverse, une personne peut examiner honnêtement les arguments contradictoires et arriver malgré tout à une conclusion fausse.
Le biais concerne donc la manière dont l’information est traitée, et non directement la vérité ou la fausseté de la conclusion.
Recherche confirmatoire, exposition sélective, assimilation biaisée et raisonnement motivé sont des phénomènes proches, mais ils ne sont pas nécessairement synonymes.
Comment essayer de le réduire ?
- Quelles informations me feraient changer d’avis ?
- Si mon hypothèse était fausse, qu’est-ce que je devrais observer ?
- Est-ce que j’exigerais le même niveau de preuve si cette information confirmait l’opinion opposée ?
Lord, Lepper et Preston (1984) ont montré dans certaines expériences que considérer explicitement l’hypothèse opposée pouvait réduire certains biais de jugement.
Cette méthode ne constitue pas une solution universelle.
Concepts associés
Ces concepts peuvent se recouvrir mais ne sont pas interchangeables.
Sources scientifiques
-
Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises
- Auteur
- Raymond S. Nickerson
- Titre
- Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises
- Année
- 1998
- Publication
- Review of General Psychology
Volume 2, numéro 2, pages 175–220 - Type de source
- Revue de littérature
-
Feeling Validated Versus Being Correct: A Meta-Analysis of Selective Exposure to Information
- Auteur
- Hart et al.
- Titre
- Feeling Validated Versus Being Correct: A Meta-Analysis of Selective Exposure to Information
- Année
- 2009
- Publication
- Psychological Bulletin
Volume 135, numéro 4, pages 555–588 - Type de source
- Méta-analyse
-
Biased Assimilation and Attitude Polarization: The Effects of Prior Theories on Subsequently Considered Evidence
- Auteur
- Lord, Ross & Lepper
- Titre
- Biased Assimilation and Attitude Polarization: The Effects of Prior Theories on Subsequently Considered Evidence
- Année
- 1979
- Publication
- Journal of Personality and Social Psychology
Volume 37, numéro 11, pages 2098–2109 - Type de source
- Étude expérimentale
-
The Case for Motivated Reasoning
- Auteur
- Ziva Kunda
- Titre
- The Case for Motivated Reasoning
- Année
- 1990
- Publication
- Psychological Bulletin
Volume 108, numéro 3, pages 480–498 - Type de source
- Revue théorique
-
Considering the Opposite: A Corrective Strategy for Social Judgment
- Auteur
- Lord, Lepper & Preston
- Titre
- Considering the Opposite: A Corrective Strategy for Social Judgment
- Année
- 1984
- Publication
- Journal of Personality and Social Psychology
Volume 47, numéro 6, pages 1231–1243 - Type de source
- Étude expérimentale