∴L’Atelier
de la Raison
Biais cognitifs

Biais du survivant

Les absents du tableau changent l’histoire.

Définition simple

Une analyse peut être faussée si elle ne considère que les personnes ou objets qui ont franchi une sélection, en oubliant les autres.

Explication détaillée

Nous observons parfois uniquement les personnes, organisations ou objets qui sont restés visibles après une sélection. Si les cas disparus diffèrent des cas observés, généraliser à partir des seuls survivants peut fausser la conclusion.

Ce problème relève de la sélection des données : il peut se produire même lorsque chaque témoignage disponible est exact. Il n’exige ni mensonge ni volonté de tromper.

Les mémorandums d’Abraham Wald, réédités par le Center for Naval Analyses en 1980, étudient l’estimation de la vulnérabilité des avions à partir des dommages des appareils survivants. Ils fournissent une référence technique au problème des données observées après sélection ; ils ne constituent pas une expérience sur les biais psychologiques.

Exemple

Exemple fictif : cinq créateurs devenus populaires racontent avoir publié une vidéo chaque jour. Yanis en conclut que publier quotidiennement suffit à réussir. Il ne connaît pourtant pas le nombre de créateurs qui ont suivi ce rythme sans trouver de public.

Les témoignages décrivent un parcours possible. Sans connaître les autres parcours, ils ne permettent pas de calculer les chances de réussite ni d’isoler l’effet de la fréquence de publication.

Contre-exemple

Étudier uniquement les créateurs populaires peut être adapté si la question est de décrire leurs habitudes actuelles. Le problème apparaît lorsqu’on utilise cette sélection pour expliquer la réussite de tous les créateurs ou prédire les chances des débutants.

Mécanismes possibles

La probabilité d’apparaître dans les données dépend du résultat étudié : les réussites sont visibles, les abandons et les échecs beaucoup moins. Une caractéristique commune aux réussites peut également être fréquente parmi les échecs.

Un biais du survivant est une forme de biais de sélection. Toutes les sélections ne concernent pas une survie au sens physique : rester en activité, être publié ou devenir visible peut suffire.

Erreurs d’interprétation fréquentes

Le biais ne prouve pas que les conseils des personnes ayant réussi sont inutiles. Il limite les conclusions qu’on peut tirer de leur seule réussite.

Il ne suffit pas d’inverser le conseil des survivants pour trouver la bonne stratégie. Corriger une sélection demande des données et des hypothèses explicites.

Moyens de limiter le biais

Définir la population de départ : qui a tenté l’expérience, pendant quelle période, avec quelles conditions ?

Rechercher les cas arrêtés, disparus ou non publiés. Si leurs données manquent, reconnaître que l’on ne peut pas en déduire une probabilité de réussite fiable.

Comparer les caractéristiques des réussites et des autres cas. Même une différence observée ne suffit pas à prouver une causalité : d’autres facteurs peuvent intervenir.

Concepts liés

Sources et références

Références associées à cette fiche.

Auteur
Abraham Wald
Titre
A Reprint of “A Method of Estimating Plane Vulnerability Based on Damage of Survivors” by Abraham Wald
Année
1980 — réédition de mémorandums de la Seconde Guerre mondiale
Publication
Center for Naval Analyses, Research Contribution CRC 432, 100 pages
DOI
Non renseigné
Type de source
Rapport technique original réédité par CNA ; DOI non indiqué sur la notice

Types prévus : étude, méta-analyse, ouvrage, encyclopédie, source primaire…

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